Conférence de presse du 8 mars 2004

jeudi 15 mars 2007 par Jacques Nikonoff

8 mars 2004

Conférence de presse

Maison de l’Amérique Latine

Introduction de Jacques Nikonoff, président d’Attac

Mesdames et Messieurs,

L’association Attac souhaite briser un tabou : celui du programme du Conseil national de la Résistance. C’est en effet le 15 mars 1944, dans la clandestinité, que ce programme est adopté par le Conseil national de la Résistance. Sa mise en ouvre, à partir de la Libération, permettra d’établir les bases de l’Etat social et d’assurer, comme dans la plupart des pays de l’Europe occidentale, un progrès social inconnu jusqu’alors, qui se poursuivra pendant près de trente années. Bien entendu, nous ne voulons pas avoir une vision unilatérale et angélique de cette période, qui connut aussi des aspects négatifs, notamment le développement du productivisme qui fera subir aux travailleurs et à l’environnement de graves dommages.

Je parlais de tabou il y a un instant, car le programme du Conseil national de la Résistance, et sa mise en œuvre, font l’objet d’un étrange silence. Comment, en effet, expliquer que la France de 1945, ruinée, crée par exemple la Sécurité sociale ; et que soixante ans plus tard, alors que les richesses ont été décuplées, les gouvernements détruisent peu à peu ses fondements. La raison est simple.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), les Etats-providence n’ont pu se développer que dans une période « exceptionnelle », au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais cette « exception » venait, en fait, d’un extraordinaire rapport des forces, favorable au monde du travail. L’effondrement des organisations patronales qui, globalement, avaient collaboré avec les nazis, une forte mobilisation des peuples, des gouvernements progressistes dans toute l’Europe, la preuve par les faits de l’incapacité intrinsèque du marché à reconstruire – « spontanément » - le Vieux Continent, ont permis la mise en place de la protection sociale dont nous héritons aujourd’hui. Le retour à une situation « normale », qu’appelle le FMI de ses voeux, est tout simplement la remise en cause de la plupart des fonctions de l’Etat-providence, parce que « les systèmes collectifs vont être mis en concurrence » dans le cadre de la mondialisation.

Selon cette théorie, les pays ne parvenant pas à réduire leurs dépenses sociales auraient alors à résoudre un problème majeur : d’un côté, les actifs - hommes et capitaux - qui vont se délocaliser ; de l’autre, les passifs, « ceux qui participent à la dépense sans créer de richesse », qui resteraient. Insidieusement, cette conception s’est peu à peu développée, particulièrement depuis le début des années 80 qui ont vu la victoire électorale de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, contribuant à étendre les dogmes néolibéraux. C’est ainsi que rien, ou presque, n’a été organisé pour le 50e anniversaire du programme du CNR, comme si ce souvenir était honteux. Très peu de choses sont aujourd’hui prévues pour le 60e anniversaire.

C’est la raison pour laquelle Attac a décidé de prendre trois initiatives :

- un appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance ;

- de multiples initiatives prises dans les départements par les Comités locaux d’Attac.

- un colloque sur le programme du CNR.

L’Appel que nous avons lancé, que vous trouverez dans le dossier de presse, a été soumis à quelques grandes figures de la Résistance dont je salue ici la présence :

- Raymond Aubrac
- Henri Bartoli
- Philippe Dechartre
- Stéphane Hessel
- Maurice Kriegel-Valrimont
- Lise London
- Jean-Pierre Vernant

Cet Appel a été signé, en outre, par :

- Lucie Aubrac
- Daniel Cordier
- Georges Guigouin
- Georges Séguy
- Germaine Tillion
- Maurice Voutey

Ils s’excusent de ne pas pouvoir être avec nous ce matin.

La deuxième initiative prise par Attac est l’organisation d’une multitude d’initiatives dans plusieurs dizaines de départements. De nombreux Comités locaux d’Attac ont ainsi prévu des colloques et des manifestations diverses.

Enfin, troisième initiative, un colloque se tiendra les 13 et 14 mars, au Palais des congrès de Nanterre, dont vous trouverez également le programme dans le dossier de presse. 12 tables rondes se tiendront, qui toutes ont pour intitulé une phrase du programme du CNR. Beaucoup de ces tables rondes verront dialoguer ensemble des anciens Résistants, des universitaires, des syndicalistes, le public. En prenant ces initiatives, Attac se fixe quatre objectifs :

- Nous voulons faire connaître, particulièrement aux jeunes générations, le contenu du programme du CNR, qui souhaitait, entre autre « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ».

- Nous voulons stimuler le débat public pour comprendre les raisons qui conduisent à la destruction presque systématique des réformes issues de cette période.

- Nous voulons entretenir l’esprit de résistance et le rejet de la soumission, par la transmission de ce patrimoine et de cette mémoire.

- Nous voulons porter le débat sur le point de savoir si les ambitions de programme du CNR - par exemple la planification, les nationalisations, la liberté de la presse - sont encore d’actualité.

Je voudrais maintenant donner la parole aux anciens Résistants qui nous ont fait l’honneur d’être présents aujourd’hui.

Je vous remercie.

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé par SPIP 1.9.1 | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Navigateur conseillé: Get Firefox!